L’attention dont chaque parent a besoin au quotidien pour prendre soin de soi

Les vrais soins dont on a besoin

On nous parle souvent de l’importance de « prendre soin de soi », de « planifier du temps ». Pour un parent avec des enfants en bas âge, cela peut paraitre très difficile, voire utopique, à mettre en place..

Par Clio

“Prendre soin de soi” : ça veut dire quoi ?

Discours courant : nous sommes stressés, la société d’aujourd’hui nous impose d’aller de plus en plus vite, et donc, il est essentiel de prendre du temps pour soi. “Prenez soin de vous !” Or, pour un parent cela peut sonner comme une injonction d’éternelle imperfection. “Jamais je ne pourrais vraiment prendre du temps pour moi. Donc, je ne suis pas assez ____” – vous pouvez compléter la phrase. Organisé, entouré, chanceux, riche, …

Ce que la société nous laisse entendre

D’autant plus que, parmi les images les plus souvent associées avec ces mots “prendre soin”, nous trouvons des spas, des manucures, des sorties sportives ou au resto. Alors que pour un parent d’enfants en bas âge, même une simple douche qui prend plus de 2 minutes est parfois un vrai luxe.

La réalité de notre vie de parent

Si nous gardons en tête cet idéal, nos attentes risquent d’être irréalistes et nous, frustrés. Est-ce que c’est bien cela la seule manière de prendre soin de nous ? Regardons l’étymologie du mot “soin”* (*source: ) “L’existence du substantif féminin soigne (« souci, peine » ca. 1180) et le verbe soigner rappellent besoin, besogne, besogner clairement vieux-francique. L’étymon serait alors le germanique *sunni (féminin *sunnia, « souci » et le verbe *sun(n)jôn, « s’occuper de, se soucier de »). Cette hypothèse pose quelques problèmes, phonétiques et sémantiques. Le latin somniare a pu donner songer et soigner, à côté de songe, soin prend le sens de « action de songer à quelqu’un, attention, soin ».” Prendre soin de nous peut donc nous indiquer de s’occuper de nous et de nos besoins; ce qui implique, chose simple mais pas toujours facile, de prendre le temps pour reconnaître nos besoins et savoir les exprimer.

Comment faire ?

« Maman, est-ce qu’on peut faire un gâteau ensemble pour le goûter ? » me demanda ma fille alors que nous rentrions à vélo de l’école. Comment répondez-vous habituellement à une telle demande ? Hier, j’ai entendu l’hésitation dans ma voix. C’est un problème que j’ai souvent, selon mon mari. « Tu n’es jamais assez claire avec les enfants ! » Ce jour-là, nous étions en retard pour le cours de piano de ma fille, mais cela ne semblait perturber que moi (ainsi rajoutant une couche d’irritation). Vous connaissez la situation ? Quand vous regardez l’heure, vous pensez aux 3 000 choses qu’ils vous restent à faire, vous sentez le mal de tête arriver, et en même temps vous aimeriez pouvoir dire à vos enfants : “Bien sûr, mon amour, faisons un gâteau. Bien sûr, je jouerai avec toi. » Juste dire Oui. Quel est le prix de ce OUI ? Alors vous hésitez. Parce que ça vous dérange de dire non. mais faire un gâteau était la dernière chose que vous mettriez sur votre liste de choses à faire. J’ai repensé à cet échange, au regard défensif de ma fille, à ma recherche de justifications et d’alternatives valables en une fraction de seconde, après avoir reçu le mail d’une maman (je propose un accompagnement en éducation positive). « J’ai parfois l’impression que cette extrême patience, se forcer tout le temps à sourire et à jouer, envoie aux enfants le mauvais message »

Il y a une différence, je crois, entre essayer d’éduquer nos enfants dans le respect mutuel plutôt que par la force; et nier nos besoins et nos sentiments en faveur des demandes de nos enfants, des autres.

Vous savez, quand un copain vous appelle et vous demande une faveur. Et votre premier instinct, vous le sentez, est de vous enfuir. Vous aimeriez dire NON. Mais vous vous sentez pris au piège.
Comment puis-je dire non? Que va-t-il penser de moi ? Et s’il le prend mal? Je peux peut-être faire un effort…
Alors vous acceptez à contre-coeur, et plus le moment s’approche, plus le ressentiment grandit.

Les 2 clés principales pour prendre soin de nous

Les clés pour prendre soin de nous, parents, au quotidien, sont au nombre de 2 :

  1. La clarté de nos limites et de nos besoins;
  2. Et le temps d’une pause pour le comprendre et le communiquer, avant de réagir d’instinct, par automatisme.

Que se passe-t-il quand nous n’avons pas ces 2 éléments

Parfois, nous manquons de clarté concernant nos propres limites. D’Honnêteté pour les admettre et d’empathie pour les communiquer.
J’aurais pu dire oui à ma fille, comme je l’ai fait maintes fois auparavant :
Dire oui, et le faire en ayant mal à la tête, avec peu d’énergie, dans un laps de temps limité, tout en marmonnant intérieurement que c’était une mauvaise idée, que avec ma fille c’est toujours comme ça, qu’elle ne peut pas s’occuper toute seule…

Ce n’est qu’en prenant quelques secondes de pause, que j’ai pu enfin, me rendre compte que si j’avais dis oui, je lui aurais ainsi consacré un faux moment de plaisir ! Même contre productif ! Et ce n’était pas juste.
Je savais que nous ne pouvions pas faire le gâteau, je n’avais ni le temps ni l’énergie, et cela allait se transformer en un moment de querelles et de conflits plutôt qu’en une agréable demi-heure ensemble.

Qu’est-ce qui se passe très souvent quand nous ne prenons pas ce temps et nous n’avons pas assez de clarté sur nos limites ?

– Nous faisons à la place de l’autre, parfois même sans que l’autre nous demande de l’aide. 

– Comme quand nous voyons notre petit galérer avec ses chaussures, et comme il faut faire vite, nous courons à son secours.

– Nous donnons un “oui” par automatisme.. et par la suite, nous nous laissons envahir par le ressentiment.

– Nous nous construisons des attentes peu ou pas réalistes, qui nous emmènent, tôt ou tard, à la déception.

– Nous nous sentons “coincés, obligés, coupables”… sous stress.

La planification du nouvel an

Ma fille, bien évidemment, n’était pas contente de mon non. Elle ne m’a pas parlé pendant tout le chemin du retour, son air sombre.

Si je n’avais pas pris une minute de pause pour me remettre en question, pour faire de la place, je me serai sentie coupable.

Pour la première fois depuis longtemps, cependant, j’étais sereine. Ce que ma fille voulait, c’était un moment de partage avec moi, au-delà du gâteau.

Or cette pause et cette clarté, nécessitent, peut-être, un véritable apprentissage, étape par étape. Et si nous profitions de ce nouvel an pour construire notre plan d’action, pour planifier comment apprendre à mettre en place ces 2 clés ?

Prévoir un temps pour les apprentissages est d’ailleurs une image très utile pour nos enfants aussi, à chaque fois que nous sommes confrontés à un comportement “difficile”, ou “à corriger”.

Par où commencer ?
1. Prenez un comportement qui vous irrite beaucoup.
2. Essayez de vous demander:

– “Ce comportement est-il normal pour l’âge de l’enfant ?” (si le comportement concerne l’enfant)
– Dans quelles circonstances cela se produit-il ?
– Puis-je identifier un besoin ou une motivation ?
– Que puis-je faire pour anticiper et prévenir ce besoin ?
– Quelles mesures puis-je prendre pour montrer fermement ma limite, et comment puis-je montrer simultanément de l’empathie à l’autre ?
– Comment puis-je donner un exemple du comportement que j’attends ?
– Qu’est-ce que je veux enseigner ?

Enregistrez les améliorations apportées de temps à autre. Imaginez-le comme un vrai entraînement.

“Maman, reste avec moi. Tu me fais un massage et un câlin ?”
Après avoir boudé une bonne heure, elle est venue me chercher.

Pour la première fois depuis longtemps, j’ai expérimenté, senti, la valeur d’un non qui vient du cœur, d’avoir fixé mes limites avec honnêteté et clarté intérieure pour trouver l’espace et les voies «qui nous conviennent», en ce moment, pour être ensemble.

C’est mon souhait le plus sincère : vous consacrer le temps, l’espace pour une pause, et redécouvrir vos limites.

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